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Down - Jason Walker [Traduction Française]

La douceur du printemps, l'été qui se profile à l'horizon, le soleil se lève plus tôt et se couche plus tard. La saison du renouveau a débuté. C'est aussi la saison des amours chez les oiseaux, mais pas seulement...

Aujourd'hui, Jérôme, se réveille, avec une envie d'évasion et de grand air.

S'échapper le temps d'une journée, pour oublier les petits tracas de son quotidien morose. Prendre le large pour profiter de l'instant présent.

Ne plus penser à rien, mais surtout, ne plus penser à elle, le temps d'un instant. Cette femme qui ne quitte pas ses pensées, du matin au soir. Elle est tellement présente et absente à la fois, que ça en devient douloureux.

Jérôme avait rencontré Hénora, il y a environ six mois, lorsque celle-ci avait pris possession du petit appartement dans le bâtiment voisin, mitoyen au sien. La croisant, les bras remplis de cartons, c'est avec bienveillance, qu'il lui avait proposé son aide.

Le courant était passé tout de suite entre eux. Hénora inspirait la joie de vivre, la douceur qui émanait de ses gestes l'avait un peu déconcerté. Il se moquait souvent des personnes qui affirmaient avoir connu, au moins une fois, la fameuse décharge électrique lors d'une rencontre. Il n'avait jamais cru au coup de foudre qui pour lui se résumait seulement à une simple attirance physique.

Pourtant ce coup, il l'avait bien senti, quand son regard avait croisé les yeux verts, limite gris, de cette femme. Jamais il n'avait vu une couleur pareil. Le tourbillon, l'étincelle, la tornade, les pieds qui ne touchent plus terre. Les éléments étaient tous réunis.

Devant lui, s'avançait la tempête qui allait ravager sa vie.

Si seulement, l'éclair, les avait foudroyés tous les deux, ça aurait été plus simple, pensa-t-il. Aucun signe d'Hénora ne laissait présager une minime attirance pour Jérôme. Des échanges très polies, remplis de courtoisies qu'ils échangeaient chaque matin avant de partir travailler, boostaient Jérôme à affronter ses journées pénibles au bureau. Il était expert-comptable dans un cabinet où l'ambiance était déplorable, et Hénora était banquière. Le petit sourire qui se dessinait sur ses lèvres en la voyant monter dans sa voiture à peine la journée commencée était la seule raison de le sortir du lit, à l'aube. Même si l'indifférence d'Hénora l'attristait.

Jérôme aimerait tellement pouvoir lui parler, mais lorsqu'il se retrouvait devant elle, les mots lui manquaient. Il était comme paralysé. L'amour, lui était tombé dessus, sans qu'il comprenne véritablement la raison. Sans pouvoir l'expliquer, il savait que c'était cette femme qui lui correspondait. Son cœur parlait tout seul. Cette alchimie le troublait. Jérôme avait dans sa tête, imaginé des scénarios peu plausibles ou d'un seul regard, la magie opérerait et que sans pouvoir parler, l'étincelle ferait le reste. 

Des regrets, il en avait chaque jour, chaque fois qu'il pensait avoir la force de dévoiler ses sentiments et que la peur de l'échec refaisait surface. Il avait déjà envisagé, les deux cas de figure, et s'était préparé plusieurs fois à ce que l'amour ne soit pas réciproque. Mais lorsqu'elle était près de lui, il perdait tous ses moyens, impossible de faire tomber le masque. Il continuait chaque jour, le jeu du faux-semblant. Faire comme si, Hénora était une simple connaissance, comme toute celle qu´il croisait à longueur de journée. Ne pas montrer le moindre signe qu'enfaite elle était bien plus spéciale que n'importe qui sur Terre. Il pensait s'en sortir indemne, il ne s'en sortira pas sans séquelles.

Il y a trois mois, Jérôme, avait hérité d'un voilier qui avait appartenu à son grand-père. Passionné depuis sa tendre enfance, par les maquettes de bateaux, son papé lui avait toujours promis de lui léguer son magnifique Milord. Il pouvait observer ses ailes blanches des heures entières. La grandeur de ces voiles pures, le laissait rêveur. Elles ressemblaient aux ailes des colombes, à chaque fois qu'ils les contemplaient, elles donnaient à sa vie, un nouvel élan. Grâce à elles, il allait enfin, s'envoler vers l'horizon.

Aujourd'hui, c'était décidé, il fera sa première sortie seul, en mer.

Six heures du matin, le ciel orangé reflète dans les fenêtres. Ce spectacle qui s'éveille devant ses yeux, l'émerveille. On croirait une aquarelle, son âme a soif de beauté. Jérôme, trouve à ce ciel une douceur rassurante. C'est une bonne journée pour aller de l'avant. Après un petit déjeuner copieux, il file à la douche et s'habille de façon décontractée. Il part plus tôt que d'habitude, il espère ainsi, ne pas croiser, la plus belle du quartier.

Arrivé au port, Jérôme, ne remarqua qu'elle. Il ne voulait pas la croisée, le destin en avait décidé autrement.

Hénora, attablé à la terrasse d'un café, un livre entre les mains. Il y voyait là, un signe indéniable. Décidé à lui parler et lui avouer qu'elle était devenue son obsession, Jérôme, s'avança vers elle. À mesure qu'il se rapprochait, il était sûr de lui. Il ira jusqu'au bout cette fois-ci, qu'importe la réponse, il veut en avoir le cœur net.

Malheureusement, tous ses espoirs ont pris fin lorsqu'un homme, âgé d'une trentaine d'années, est venu rejoindre Hénora, l'embrassant tendrement sur le front. Elle était en couple, anéantissant ses attentes.

Un vide intérieur s'installa en lui. Jérôme fit demi-tour.

De loin, Hénora, l'avait remarqué. Malgré la présence de son compagnon, Jérôme, avait réussi à figer son esprit. Elle en perdit le fil de la conversation. Elle avait nié ses sentiments à son encontre, car elle n'avait pas compris pourquoi elle avait été autant attiré par quelqu'un d'autre que l'homme qui partageait sa vie depuis deux ans. Mais elle comprit vite que ce qu'elle ressentait n'était pas normal. Chaque fois que leur peau s'effleurait pour se faire une bise, c'est tout son corps qui réagissait. Hénora avait parfois l'impression d'être atteinte de la maladie de Parkinson, tellement elle tremblait, après ce geste, pourtant des plus habituels. Quand Jérôme était là, elle se sentait en sécurité. Elle essayait de s’intéresser à lui. Elle ne le voyait pas réceptif.

Des scénarios dignes de séries télévisées tournaient en boucle dans sa tête. Elle s'était imaginé un matin, que leur rituel de la bise déraperait sans qu'aucun des deux en soit responsable. Partant d'un petit rien, elle se retrouverait ses lèvres sur les siennes, plaquée au mur à ne pas penser au lendemain. Déboutonnant sa chemise, ses mains touchant son corps musclé. Sa bouche s'emparant de son cou, sans qu'un mot ne soit échangé. Elle rêvait sans cesse, d'un baiser fougueux, du contact du corps de Jérôme, de la pression de ses hanches contre les siennes. Quel était le pouvoir de cet homme pour l'avoir ainsi réduite à un être de pur désir, prête à se donner à un homme qu'elle ne connaissait à peine ? 

Devant lui, Hénora ne laissait rien paraître, elle se voulait discrète. Elle l'aimait en secret mais une petite voix lui répétait, qu'entre eux ce serait impossible.

Sur le quai, elle l'avait vu prendre place dans son embarcation. Son coeur lui avait dicté de courir le rejoindre, quant à sa tête, elle était plus défaitiste, lui répétant que Jérôme ne s'intéresserait jamais à une femme comme elle. Qu'il méritait forcément mieux. Que s'ils étaient faits l'un pour l'autre, il aurait tenté un quelconque rapprochement. La réalité lui fit face, ce n'était jamais arrivé. 

À mesure que le bateau s'éloignait de la rive, les yeux d'Hénora vacillaient entre les vagues de la mer et le regard turquoise de son compagnon qui ne comprenait plus vraiment le discours incompréhensible constitué de mots qu'elle avait du mal à aligner. Le déclic, lui avait ouvert les yeux. Comme si le brouillard qui avait envahi ses pensées se dissipait d'un coup d'un seul. L'homme qui se trouvait à ses côtés à l'instant même, n'était pas celui qui la faisait vibrer. Qu'importe ce que l'avenir lui réservait, elle ne voulait pas regretter de ne pas avoir osé franchir le pas. Et à quoi bon faire semblant. Elle bredouilla un bref  "Désolée"  et le laissa penaud à cette table de café.

Hénora avait guetté le retour de Jérôme toute la journée... Elle ne le savait pas encore mais il était trop tard. La pluie avait remplacé le soleil. Les larmes qu'elle refoulée, tombaient du ciel. Les perles de pluie se fracassaient en un bruit étourdissant sur le bitume. Leur relation manquée était synonyme de regret réduisant ses espoirs à néant.

Jérôme, à l'aise dans son élément se laissa guider par les vagues. À plusieurs kilomètres des côtes, les paysages et l'azur lui remontèrent le moral. Il avait hâte de tirer un trait sur tout cela et que les choses reviennent à la normale. Sans se retourner, aujourd'hui, il partit...

Une occasion loupée de faire naître un amour...  Ils étaient fait l'un pour l'autre et pourtant leur manque de courage avait tout gâché. ll fallait désormais faire le deuil d'une relation imaginée de toutes pièces. Ils se sont quittés sans le savoir, la mort dans l'âme.

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